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QUOI

Appel à participation: “Le Kitsch menace-t-il la propagande?

QUAND ET OU

La journée d’études aura lieu le vendredi 7 décembre 2018 à Paris.

SUJET

Devant l’avalanche de savonnettes à swastika, de boules de Noël représentant la figure de Hitler et de divers dès à coudre ou dessous de table à son effigie, les propagandistes nazis ont rapidement mis des limites à la diffusion de certains objets qui étaient en l’honneur du Troisième Reich, mais qui risquaient malgré eux de tourner en dérision le discours nazi.

Ces utilisations commerciales des « héros » n’étaient pas nouvelles – les chopes figurant le visage de Bismarck en témoignent – mais elles étaient désormais considérées dangereuses. En banalisant les symboles du pouvoir, elles affaiblissaient leur puissance visuelle et leur signification. Destinés à l’intérieur du foyer, ces objets décorés des symboles nazis devenaient soumis aux codes de Gemütlichkeit (le confort douillet de l’intérieur bourgeois familial ) – et peut-être aussi, par là-même, féminisés, alors qu’ils avaient vocation à dominer, virilement, l’espace public. La conséquence fut donc la loi du 19 mai 1933 « pour la protection des symboles nationaux ».[1]

Quelques années plus tard, en 1950, dans le contexte de l’Allemagne de l’Ouest en construction, Richard Egenter revient sur la question du kitsch dans ses liens avec la propagande religieuse : pour l’auteur du livre Kitsch und Christenleben, le kitsch ne relève pas du mauvais goût mais du mal, dans la mesure où il pervertit le message chrétien qu’il est supposé transmettre. Il conduit le chrétien à se détourner de l’Eglise en lui offrant une image dévoyée de sa foi, comme dans les reproductions de la peinture Marie-Madeleine de Pompeo Girolamo Batoni qui, à partir des années 1860, se multiplièrent sur les murs des intérieurs catholiques allemands. Ici, la figure de Marie-Madeleine pénitente n’est qu’un prétexte pour afficher l’image d’une beauté langoureuse, et c’est ce motif dont on retrouve de multiples variations sur différents supports. Cette inquiétude face à l’image kitsch capable de défigurer le message évangélique se retrouve dans les milieux des protestants libéraux américains des années 1940, hostiles à l’interprétation par Warner Sallman de la figure du Christ selon les canons hollywoodiens de la beauté masculine de l’époque[2].

En Allemagne de l’Est, à la fin des années 1950, les artistes professionnels prennent l’initiative, relayée par le parti, d’une campagne intitulée « anti-kitsch » et destinée à chasser des foyers toutes les mauvaises images : non seulement les vieilles images achetées avant la période socialiste, mais aussi les nombreuses images réalisées par des entreprises indépendantes : paysages de montagne, images florales ou scènes animales (les fameux cerfs bramants). Des images certes inoffensives, mais qui sont accusées de ne pas laisser de place à la propagande et d’empêcher l’éducation esthétique et politique.

Ces trois exemples ont donné envie, dans la réflexion sur les pratiques propagandistes, de questionner davantage l’usage de ce terme kitsch. L’historien a plus l’habitude d’opposer ce mot à  celui d’« art », mais il y a un intérêt à examiner son rapport à la propagande. Le kitsch semble être d’abord une étiquette destinée à délégitimer une propagande dans une sorte de comparaison implicite : le kitsch serait à l’art ce que la propagande serait à une véritable pensée politique ou philosophique – une imitation trompeuse, grossière, mal venue. Parmi de multiples exemples, celui de Clement Greenberg est particulièrement connu, qui, déçu par l’évolution de l’URSS, dénonçait dans les années 1940 le kitsch du réalisme socialiste : le kitsch serait le signe du dévoiement soviétique par rapport à l’idéologie socialiste initiale.

La naissance de la catégorie « kitsch » nous fait remonter au dernier tiers du XIXe siècle, au moment de la généralisation de la production de masse bon marché et du développement d’initiatives pour éduquer le goût et apprendre le discernement entre les bonnes et les mauvaises images. L’effort d’éducation (ou de rééducation, pour des populations qui auraient perdu le sens des choses véritablement belles dans les sociétés industrielles) généralise la catégorie du kitsch, dans un contexte général de prise en charge de l’éducation patriotique et civique des masses. Différents reproches, parfois contradictoires entre eux, se conjuguent contre cette nomination. Avec le kitsch, l’esthétique deviendrait purement décorative et serait détachée de son soubassement culturel et idéologique. L’œuvre kitsch est également accusée de se contenter d’offrir des formes déjà connues et de flatter le plaisir et le confort du public. Autant de reproches et préoccupations qu’on retrouve tout au long du XXe siècle.

Le but de cet atelier est de continuer à interroger les réflexions des propagandistes en examinant comment ils parlent du kitsch. Au-delà de l’évidente volatilité du terme kitsch (toute production visuelle peut être appelée kitsch à un moment ou à un autre), plusieurs questions, dont certaines ont déjà été croisées pendant nos ateliers antérieurs, paraissent pouvoir orienter celui-ci :

– Le kitsch apparaît avant tout comme l’envers, le négatif de l’entreprise de propagande. A partir d’une même base (diffuser les mêmes images à une large échelle), parfois avec des formes visuelles similaires, les deux se répondent en permanence, s’opposent, s’éloignent. Qu’est-ce que le miroir inversé du kitsch nous permet de comprendre sur la propagande ? Quelles mesures ont pu être prises par les propagandistes pour se protéger de l’accusation de kitsch ? Qui, dans les milieux propagandistes et parmi leurs opposants, choisit de porter cette accusation ?

– La question permet-elle de reprendre l’analyse du lien entre les propagandistes et ceux à qui est adressée la propagande ? Les propagandistes sont-ils prêts à tolérer certaines concessions pour escompter un succès ? Comme le montrent les trois exemples avec lesquels nous avons commencé, le kitsch se déploie en effet surtout dans l’espace domestique ; s’intéresser à cette catégorie revient ainsi à s’interroger sur les formes de regard et de contrôle sur la sphère privée et sur les frontières entre public et privé. Le kitsch peut être aussi le résultat d’initiatives propagandistes locales : traiter du kitsch permet donc de reprendre la question de l’autonomie des actions de propagande.

– La question mercantile est de toute évidence centrale. Si tout ce qui est mercantile n’est pas forcément jugé kitsch et inversement, la volonté de faire vendre (à côté de celle de faire croire ou de faire réfléchir) sert souvent d’argument pour délégitimer les productions jugées kitsch.

– Quelle place peut-on donner aux artistes qui ont délibérément intégré ce qu’ils percevaient comme kitsch dans leur travail (par exemple le Sots art soviétique des années 1980 ou le Gaudy Art chinois des années 1990, au moment de l’hyper consommation et dans le contexte post Tian’anmen) ? Apprend-on quelque chose avec ces artistes sur l’entreprise de propagande?

– Le travail de l’historien actuel avec ce matériel mérite aussi d’être réfléchi. C’est d’abord la question fondamentale de la conservation et donc de l’accès des historiens aux sources : les images jugées kitsch sont moins souvent conservées. Mais c’est aussi la question de notre propre regard sur ces œuvres. En effet l’un des principaux écueils est de projeter nos jugements sur certains objets. Ainsi l’universitaire David Morgan, de la Duke University, déclare-t-il à propos des peintures de Harry Anderson destinées aux mormons : « yes, it is kitsch, but so what ? They are not about artistic expression, but about community, about prayer, about devotional feeling. These images are the intimate symbols of the community of feeling to which (Mormons) belong». L’argument de l’éducation est ici renversé : l’image kitsch est nécessaire précisément parce que le message qu’elle transmet fait appel aux émotions nécessaires pour le recevoir. Mais, nous pouvons aussi nous interroger sur l’usage de la catégorie kitsch par le chercheur David Morgan – ne fait-il pas exister cette catégorie, là où personne ne l’avait placée ? De façon générale, nous aimerions poser la question de la neutralisation de notre propre appréhension du kitsch.

ECHEANCE ET CANDIDATURE

Les communications pourront prendre différentes formes, parmi lesquelles l’analyse d’un texte sur le kitsch ou l’examen d’une œuvre de propagande critiquée comme kitsch seront les bienvenus. Une proposition de 500 signes est à envoyer avant le 10 septembre 2018.

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