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QUOI

Appel à communications : « Troubler l’ordre. Engagements contestataires, rencontres et décloisonnements sociaux dans les années 1968 »

QUAND ET OÙ

7 et 8 juin 2018 à l’université de Normandie Rouen

SUJET

D’abord, les étudiants et les lycéens ; ensuite, les salariés ; enfin, le pouvoir qui tente, en reprenant la main, de les canaliser. Tel est le schéma généralement mobilisé pour commenter les événements de 1968, aussi bien en Allemagne qu’en France, en Pologne et en Tchécoslovaquie, au Sénégal et au Mexique, ou bien encore au Brésil et en Uruguay – une sorte de valse à trois temps, une chorégraphie bien réglée. Pourtant, cette tripartition mécanique ne résiste pas à l’examen bien longtemps : ni en termes chronologiques, quand chaque moment est porteur de rencontres entre des mondes sociaux qui parfois s’ignoraient, de dialogues et de solidarités ; ni du point de vue politique, tant un projet essentiel de 1968, mis en pratique, repose dans un grand désir de décloisonnements sociaux. A rebours de la séparation chronologique autant que politique entre les différents acteurs de la contestation, et de la thèse du « rendez-vous manqué » entre étudiants et travailleurs qui, s’autorisant d’images évocatrices comme celle des grilles ouvrières refermées devant un cortège étudiant à Renault-Billancourt, guide encore trop souvent la mémoire collective des années 1968, ce colloque entend précisément porter la focale sur les « métissages sociaux » (Bernard Pudal) et les « rencontres improbables » (Xavier Vigna et Michelle Zancarini-Fournel) qui ont jalonné les événements et qui leur ont donné leur force de rupture de l’ordre social et symbolique.

Dans tous les pays où des mouvements contestataires d’ampleur ont pris place dans les années 1968, l’espace social est différencié et stratifié et ne semble pas prédisposer, a priori, aux décloisonnements sociaux. Étudiants et ouvriers – parmi lesquels des travailleurs immigrés, selon les spécificités de chaque situation locale – savent qu’au quotidien, leurs univers de travail, de culture et de condition sont séparés. Dans les pays d’Europe occidentale et aux Etats-Unis, les premiers forment une petite minorité, souvent 10 % d’une classe d’âge, parfois moins, et donc encore privilégiée. La plupart ignore encore tout du labeur lié au travail salarié. Mais la catégorie évolue et son périmètre s’étend, avec l’allongement de la scolarité et donc la progression des effectifs dans les universités. Cette évolution, impressionnante à l’échelle historique, s’accompagne d’une timide ouverture sociologique. Il n’empêche : les enfants d’ouvriers ne représentent généralement que plus ou moins 10 % des étudiants selon les configurations nationales. Les ouvriers, de leur côté, ont pour eux le nombre et la représentativité, une force sociale considérable, dans l’absolu comme en proportion. Les paysans, dont si peu des enfants se repèrent parmi les étudiants (moins de 10 %), sont quant à eux frappés par l’exode rural et se savent fragilisés. Bien entendu, ces proportions varient selon les configurations nationales.

Il ne s’agit donc aucunement de promouvoir ici une vision aplanie du monde social, mais de se demander : à quelle condition ces groupes sociaux en apparence si éloignés peuvent-ils se rencontrer ? De toute évidence, à la faveur de l’événement. Parce qu’il suspend le temps, parce qu’il est un arrêt – du travail et du quotidien –, il offre une nouvelle forme de disponibilité. C’est là que vibre l’un des forts accents de l’événement : vouloir échapper aux rôles sociaux qui enserrent, à la division du travail qui hiérarchise et sépare, à la distribution des places et des tâches qui assigne à des identités sociales figées. En un mot, troubler l’ordre social, symbolique, et par conséquent politique, l’ordre du genre aussi, le plus souvent. Cela n’empêche pas la conscience de classe et la fierté des appartenances : « ouvriers paysans nous sommes » – la formule sans nul doute résonne aussi puissamment qu’au siècle passé. Mais les mobilisations des années 1968, en questionnant les assignations sociales, permettent de mettre à distance appartenances et identités, pour les imaginer autrement. Certes, de Prague à Paris et de Tokyo à Berkeley, le mouvement étudiant est en général une étincelle, qui met de l’électricité dans l’air du temps usuel. Mais les ouvriers ne prennent pas seulement le relais ; beaucoup sont déjà présents aux tout débuts de l’événement. D’autres catégories également. Et ces différents mondes sociaux, ces différents univers professionnels, loin de poursuivre leur seul agenda revendicatif et de défiler en ordre dispersé, nouent des contacts, s’inspirent les uns des autres, discutent, et s’adonnent à des pratiques très concrètes de solidarité, au-delà des mots et des idées.

Cette dimension des années 1968 reste encore méconnue et trop peu documentée. Les avancées de la recherche ces vingt dernières années ont permis de dresser un portrait pluriel des mobilisations, du point de vue des acteurs en présence on l’a dit, des échelles en jeu (la contestation n’est pas que l’affaire des capitales nationales ou régionales, mais prend également place dans de multiples villes moyennes), des sites de protestation (rues, universités, usines, quartiers, etc.), des répertoires d’action et des registres idéologiques. De même la recherche a-t-elle proposé un paysage infiniment plus divers et connecté de la géographie contestataire, en décentrant le regard occidental et en montrant les circulations révolutionnaires transnationales, au point qu’on parle désormais de 68 comme d’un« espace international de contestation » (Robert Frank), d’un « événement-monde » (Jean-François Sirinelli), d’un « transnational moment of change » (Gerd-Rainer Horn, Padraic Kenney). Au fil de ces avancées, des connexions entre étudiants, lycéens, ouvriers, employés, paysans, artistes, etc. apparaissent ici et là, mais elles n’ont pas encore reçu l’attention qu’elles méritent. C’est précisément l’objectif de ce colloque que de les placer au cœur de l’analyse.

L’idée est double. D’une part, il s’agit de documenter et d’analyser le plus empiriquement possible ces décloisonnements sociaux. Bien que la situation varie selon les pays, les sources existent à profusion pour explorer ce protagonisme actif au prisme des champs sociaux : comptes-rendus de réunions, tracts, brochures, correspondances, films et émissions, circulaires de préfets, rapports de police, fiches de renseignements généraux, textes ministériels, mémoires et journaux. Il est dès lors possible de reconstituer de quoi sont faites ces rencontres sociales improbables : les sites où elles ont eu lieu, ce qui s’y est dit, les pratiques qu’elles ont engendrées, les émotions qu’elles ont provoquées, les hybridations idéologiques qu’elles ont favorisées, les frottements qu’elles ont occasionnés, leurs causes comme les entraves qu’elles ont trouvées sur leur chemin. La pluralité internationale des cas nous intéressera particulièrement. Les décloisonnements sociaux ne peuvent en effet avoir ni la même probabilité, ni les mêmes propriétés selon le degré d’industrialisation, les politiques d’accès à l’enseignement secondaire et supérieur, le recrutement plus ou moins populaire des lycéens et étudiants comme la nécessité ou non pour eux de travailler pour financer leurs études, la géographie urbaine des campus (situés dans les quartiers populaires ou dans les centre-ville), la structuration des rapports sociaux entre les classes, la distribution spatiale des acteurs, la pluralité sociale des familles, la nature plus ou moins répressive des régimes politiques, leur pratiques corporatistes ou de cooptation syndicale, le caractère plus ou moins multisectoriel des événements contestataires, les histoires militantes, l’offre idéologique et organisationnelle existante, l’existence de guérillas rurales, etc. Aussi est-il souhaité que les communications ne portent pas uniquement sur l’espace euro-étasunien, mais s’intéressent aussi à des cas relevant de l’espace communiste, de l’Amérique latine, de l’Asie, du Proche et du Moyen-Orient, des Afriques. De même les jeux d’échelle (du très local et monographique au national et au transnational) seront-ils appréciés, et les comparaisons entre cas éloignés bienvenues. Les communications permettront donc de documenter nombre de cas méconnus, et leur dialogue affinera la connaissance empirique et théorique des facteurs en jeu dans l’émergence, la structuration, les propriétés et les effets, des rencontres improbables et des décloisonnements sociaux. En saisissant de manière empirique et comparative cette double dimension internationale et sociale des événements contestataires, le colloque entend contribuer à l’élucidation d’une des énigmes les plus vives et les moins arpentées des années 1968.

Ce colloque de deux jours se déroulera sous forme d’ateliers de discussion sur la base des textes envoyés au plus tard début mai (40 000 signes maximum). Il sera donc fondamental que tous les participant.e.s aient lu ces contributions afin que les débats aient lieu dans les meilleures conditions d’échange et de réflexion commune. Les langues de travail seront le français et l’anglais.

ÉCHÉANCE ET CANDIDATURE

Les propositions de communication – en français ou en anglais – feront 4000 signes maximum. Elles devront être accompagnées d’un court CV et d’une liste non-exhaustive de publications.
Date-limite de réception des propositions de communication: 31 octobre 2017. Contact : troublerlordre@gmail.com
15 décembre 2017 : Réponse aux propositions de communication
30 avril 2018 : Date-limite de réception des communications complètes


  WHAT

International conference announcement and call for papersDisrupting the order. Protest activism, social  encounters and decompartmentalization in the 1968 years”

WHEN/WHERE

University of Rouen, Normandie, June 7-8, 2018

TOPICS

First, there were the university and high-school students; then, there were the workers; and finally, the political authorities trying to channel the former’s mobilizations in order to regain control of the situation. This is the pattern generally used to describe the 1968 events in Germany, France, Poland, Czechoslovakia, Senegal, Mexico, Brazil or Uruguay: a sort of a three-count dance, a perfectly synchronised choreography. Yet, this mechanical tri-partition does not resist a closer examination, whether in terms of chronology (each moment offering, in fact, a vast possibility of dialogues, solidarities and encounters between social worlds previously unaware of each other) or in political terms (given that a vital project that the 1968 did put into practice was built on the longing for social decompartmentalization). This conference is at odds with the collective memory that often underpins the years 1968, meaning the aforementioned separation – both chronological and political – between different protest actors, but also the “missed opportunity for a students-workers alliance” theory drawing upon evocative imagery, such as the Renault-Billancourt workers closing their factory’s doors on students. Instead, we intend to focus on the “social crossbreedings” (Bernard Pudal) and the “improbable encounters” (Xavier Vigna et Michelle Zancarini-Fournel) that marked the 1968 events, giving them sufficient breaking force to disrupt the social and symbolic order.

In all the countries where wide protest movements took place during “the 1968 years”, social space was a priori differentiated and stratified and did not seem to predispose to any sort of social decompartmentalization. Indeed, both students and workers – and among them sometimes immigrants, according to each country’s situation – knew that their everyday life, as well as their working and cultural conditions were separate. In Western Europe and the United States, the former were in small minority, representing around 10% of their age group and therefore still a “privileged class”. Most of the students largely ignored the realities of wage labour. Yet, the category evolved and its perimeter expanded along with the increased periods of compulsory education and the university enrolment expansion. This evolution, impressive in historical terms, went hand in hand with limited social opportunities. That being said, workers’ children did not represent – in most cases – more than 10% of the students. As for the workers, they were numerous, had representatives and constituted a considerable social force, both in relative and absolute terms. As regards peasants, whose children were a tiny minority among students (less than 10%), they were profoundly affected by rural exodus and consciously vulnerable. Of course, those proportionate figures varied according to locations in the national territory.

Thus, our aim is not to propose a smoothed out vision of the social world. Instead, we will be asking the following question: on which terms and conditions did those social groups, which were seemingly so far apart from each other, ended up converging? Clearly, this happened in the wake of events. Events suspend time, end work and daily routines, thus creating new forms of availability. Events energized actors with the desire to escape socially binding roles, division of labour which hierarchizes and divides, distribution of positions and tasks which assigns rigid social identities. In other words, the desire to disrupt the social, symbolic, and thus political, order emerged – and generally, also the gendered order. This did not erase class-consciousness or pride associated with social class. “Workers, peasants, we are”: this sentence resounded in the 1968 years as loudly as it did a century before. By suspending daily life and occupations, and by questioning social belongings and identities, the 1968 mobilizations enabled protagonists to imagine how different these social routines and assignments could be. It is true that in Prague or in Paris, in Tokyo or in Berlin, the student movement was the spark that set on fire the spirit of customary times. But the workers were not only there to back the students up or to take over them. In many cases, they were already present at the very start of the event, as were other social categories. And all these social worlds, all these distinct professional universes, were not present only to pursue their own social agenda or to march in dispersed order. They established contacts, drew inspiration from each other, discussed, and engaged in very concrete solidarity actions, beyond words and ideas.

This facet of the 1968 years is still rather unknown and not sufficiently documented. Academic research in the last twenty years have allowed a more complex picture of the mobilisations to emerge, taking into account the standpoint of those who actively took part in the events, but also the multiple geographic scales, repertories of collective action or ideologies. Indeed, the protest movements were not exclusively a matter for the nations’ or the regions’ capitals, they also concerned medium-sized cities. As for the protest sites, they included streets, universities, factories or neighbourhoods. At the same time, recent research has proposed a much more diversified and entangled approach to protest geographies by shifting focus away from the West towards non-Western transnational circulations of revolutionary ideas and agency. 1968 has now become an “international space of protest” (Robert Frank), a “World event” (Jean-François Sirinelli), and a “transnational moment of change” (Gerd-Rainer Horn, Padraic Kenney). Despite these advances, the connections between university or high-school students, workers, employees, peasants and artists appear only sporadically, and have received the attention they deserve. This is precisely the aim of this conference: to place these connections at the very heart of our analysis.

Our goal is twofold. First, we aim at gathering material and analyzing social decompartmentalization and encounters at a very empirical level. Though depending on places and countries situations can vary, existing sources and archives (meeting reports, tracts, militant brochures and journals, letters, movies and programs, circulars from prefects and other officials, police reports, intelligence files, ministerial texts, memoires and newspapers) enable us to gain insight into the active protagonism that during the 1968 years generated new connections between different social fields in the year 1968. Therefore, it is possible to explore the “improbable (social) encounters”: their causes and their impediments, the places where they occurred and what the protagonists said, the practices they fostered and the emotions they triggered, the ideological cross-fertilizations they stimulated and the conflicts they brought about. We are particularly interested in delving into a wide range of international examples. Indeed, the likelihood and the properties of social decompartmentalizations greatly vary depending on the country’s industrialization, the working class access to secondary and higher education, the proximity between the working class and students from a social and/or a geographic standpoint. They also depend on the structural and practical relationships between social groups, the internal social plurality of families, the repressive degree of political regimes, the integration between unions and governments, the more or less multi-sectorial nature of the contentious events, the traditions of militancy, the existence (or not) of rural guerrillas, and so on. We will thus strongly welcome proposals not exclusively focused on Europe and North-America, but also on the communist world, Latin America, Asia, the Middle-East and Africa. Likewise, papers connecting different scales (from the very local and monographic to the national and transnational), as well as comparisons between geographically distant cases, are most wanted.

Thus, the papers are expected to provide new insights into unexplored case studies, and to strengthen our empirical and theoretical understanding of the emergence, structuring, properties and effects of both the improbable encounters and the social decompartmentalization. By addressing both the international and the social dimension of protest events, the conference wishes to shed light on one of the least explored facets of the 1968 years.

 DEADLINE/APPLICATION

Deadline for submission of proposals: October 31, 2017. This two-days conference will take the form of workshops that will discuss the papers which will pre-circulate in early May at the latest (5-7,000 words). Thus, participants are expected to read all the material, in order to meet and engage in fruitful discussion. The working languages will be French and English.

Proposals (English, French or Spanish) should include:

-The title of the paper

-Abstract (500 words max.)

-A short CV including affiliation, list of publications and contact information (email)

Contact: troublerlordreen68@gmail.com

 


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